Les transports maritimes sans Bill of Lading papier
Bill of Lading(B/L) ou Connaissement est un
Document de transport signé par le transporteur ou son agent ou le
capitaine du
navire ou son agent. Le connaissement est un papier-valeur. Il confirme
la prise en charge de la marchandise pour le transport ou sa mise
à
bord et les conditions du transport. La livraison de la marchandise au
port de destination prévu ne s’effectue que sur
présentation et remise
d'un original du connaissement. RUU art. 20.
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Section I : Le document de transport maritime
Il est aujourd’hui très rare
d’entreprendre un transport maritime
sans émettre de document, ce dans le but de prouver (au
moins) la
bonne réception d’une ou plusieurs marchandises
embarquées
à bord d’un navire. Pourtant, le contrat de
transport maritime est
consensuel et rien n’oblige logiquement les parties
à recourir à
ce type de procédé. Et l’histoire nous
le montre : durant
de nombreux siècles, aucun besoin de quelque document ou de
quelque
reçu que ce soit ne se fit ressentir pour prouver cette
réception
: « Non seulement la taille des navires (était)
telle qu’ils
n’emportaient que la cargaison d’un seul marchand,
mais surtout l’usage
(était) alors que les marchands (voyageaient) avec leurs
marchandises.
Ils ne se (dessaisissaient) donc pas de leurs affaires et
l’idée
même d’un reçu que leur aurait
délivré le capitaine
ou le patron de la nef ne pouvait pas se faire jour
». Ainsi,
le document de transport maritime naquit de l’agrandissement
des navires
et des comptoirs d’outre-mer, ainsi que de
l’augmentation et de
l’accélération
des échanges nationaux et internationaux, ne permettant plus
aux
marchands de se déplacer en même temps que leurs
marchandises.
A son, apparition, aux alentours du 14ème siècle,
ce
document n’est qu’un simple reçu
délivré par le capitaine
au commerçant (ou chargeur). Il répond alors
à la
dénomination de « connoissement », qui
deviendra «
connaissement » au 18ème siècle. A
cette époque,
il est donc défini comme la « reconnaissance des
marchandises
chargées dans le vaisseau, signée le
maître du bâtiment,
le capitaine ». Son évolution aurait pu
s’achever à
ce stade. Le régime juridique de ce document
n’aurait alors guère
différé de celui d’un mandat (par
exemple) et aurait totalement
obéi aux règles du droit commun. Pourtant, avec
les besoins
de la pratique, il sera appelé à couvrir nombre
d’autres
fonctions et par là-même à se
spécifier. Cette
spécificité en découle d’une
autre : celle du transport
maritime lui-même. En effet, ce dernier est depuis toujours
soumis
aux risques de la mer et à ses nombreux aléas.
Même
aujourd’hui, toute activité maritime reste
dangereuse. De ce fait,
il n’est jamais sûr que les marchandises restent
dans le même
état au sortir d’un long périple
qu’elles ne l’étaient
au port d’embarquement. Ainsi, très rapidement, le
connaissement,
outre la réception, fera foi de l’état
dans lequel les marchandises
se trouvent à leur arrivée au port de
destination.
Ainsi, l’émission du connaissement prouve,
d’une part, que le
transporteur a bien reçu la cargaison et, d’autre
part que celle-ci
est conforme aux énonciations du connaissement . Cette
fonction
première du connaissement est très clairement
reconnue par
la loi française du 18 juin 1966, dans son article
18 , ainsi
que par la jurisprudence .
A ce niveau, on distingue aujourd’hui deux types de
connaissement :
le « connaissement embarqué » qui
atteste que la marchandise
a déjà été
embarquée à bord du
navire, et le « connaissement reçu pour
embarquement »
qui atteste que la marchandise par le transporteur en attendant
d’être
embarquée.
Par la suite, le connaissement sera amené à
établir
les obligations respectives de chacune des parties au
contrat, c’est
à dire qu’il fera foi des obligations
assumées par le transporteur
et le chargeur en vertu de celui-ci. Par là, il servira de
preuve
du contrat de transport. Ce sera sa deuxième fonction .
Enfin, à la fin du 18ème siècle, le
connaissement
deviendra un titre représentatif de la marchandise, ce qui
reste
sa fonction la plus particulière.
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Section II : La representativité de la marchandise
Le principe est ici que la simple transmission du connaissement
à l’acquéreur transfère
désormais les droits
attachés à la marchandise, ce qui permet de la
vendre ou
de la donner en gage alors que son transport n’est pas
achevé, ainsi
que d’en prendre livraison au port de
débarquement. De ce fait,
le connaissement devient négociable. Puisque la transmission
du
connaissement par un simple endossement entraîne la
transmission
des droits sur la marchandise, c’est donc que ce
connaissement représente
cette marchandise, c’est à dire qu’il a
la même valeur que
la marchandise elle-même. Selon G. RIPPERT, « le
connaissement
est l’instrument de la possession des marchandises
embarquées.
Le porteur du connaissement est donc le possesseur des
marchandises
»En clair, « on n’achète plus
une marchandise embarquée,
on achète un connaissement ».
Cette fonction du connaissement est née de
l’incessant développement
des échanges commerciaux à la fin du
18ème et tout
au long du 19ème siècle. Ceux-ci
s’accélérant
régulièrement, ils se heurtèrent
à la relative
lenteur du transport maritime : il était devenu
nécessaire
de pouvoir vendre les marchandises sans attendre leur
arrivée au
port de destination .
Le connaissement devint ainsi un document totalement
incontournable
du transport maritime. C’est cette fonction qui le rend si
original : en
effet, dans l’accomplissement des deux premières
fonctions, le connaissement
pourra être remplacé par un autre titre ; tout
document qui
identifie suffisamment la marchandise, qui indique que
l’armateur l’a reçue
et qui contient les clauses ainsi que les conditions du contrat peut
assurer
les fonctions précédentes. En revanche, il ne
saurait représenter
la marchandise au point que sa transmission réalise la mise
en possession
de l’accipiens par la voie médiate de la
détention du titre
par le capitaine. Ainsi, son rôle central dans le contrat de
transport
maritime conduit le législateur à organiser
autour du connaissement
une convention réglementant le transport international de
marchandises
par mer en 1924 s’intitulant : « Convention pour
l’unification de
certaines règles en matière de connaissement
» (Convention
de Bruxelles ou Hague rules), parachevant par
là-même
son évolution juridique, l’évolution
pratique ayant été
achevée par la reconnaissance de son caractère
négociable.
A ce stade de notre exposé, il est
nécessaire de
préciser que c’est tel que nous l’avons
décrit jusqu’ici,
c’est à dire comme un document « papier
» totalisant
les trois fonctions décrites supra et notamment celle
relative à
la représentativité de la marchandise que nous
entendrons
le mot « connaissement » sans autre mention
ajoutée
pendant la majeure partie de notre étude, et ce pour
éviter
toute confusion avec le connaissement électronique que nous
traiterons
à la fin de notre exposé.
De même, nous n’entendrons pas par «
connaissement »
le connaissement « papier »
émis à personne
dénommée . Etant « nominatif
», celui-ci ne peut
être cédé que selon les
procédés de l’ancien
article 1690 du code civil et n’est donc pas
négociable en soit.
Les seuls connaissements négociables étant ceux
émis
« au porteur » et « à ordre
», c’est ceux-ci
que nous entendrons à travers le terme de «
connaissement
» .
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Section II : Interet du sujet - Plan
Si le connaissement « papier » ou «
traditionnel
» n’a plus connu de réelle
évolution depuis la
rédaction de la convention de Bruxelles , le secteur du
transport
maritime n’a cessé de subir, quant à
lui, des révolutions
(notamment techniques) tout au long du vingtième
siècle.
De plus, au cours des trente glorieuses, le commerce
extérieur s’est
considérablement développé,
entraînant naturellement
l’industrie du transport maritime dans cette extension
prodigieuse. Ce
dernier a aussi remarquablement résisté
à la crise
pétrolière de 1973. Si bien que bon
nombre d’auteurs
et de praticiens considèrent aujourd’hui que le
connaissement classique
est de moins en moins en phase avec les conditions du commerce maritime
et qu’il lui est parfois nécessaire
d’être remplacé
par un certain nombre d’autres documents mieux
adaptés, en attendant
sa propre transformation (en adoptant la voie de la
télématique
de plus en plus en vogue au sein du commerce international). Nous
touchons
là un sujet brûlant qui fait
couler beaucoup d’encre
depuis quelques années, et qui se trouve au centre des
préoccupations
d’un certain nombre d’organismes internationaux
(notamment de la C.N.U.D.C.I.
et du C.M.I.).
Bien entendu, le connaissement classique n’est pas totalement
obsolète
et continue de rendre d’éminents services au
commerce international.
Toutefois, il ne constitue plus la clé de voûte
documentaire
systématique pour chaque transport maritime. Il en existe
même
certains dans lesquels où il est devenu inutile ou
gênant.
En effet, le connaissement classique était jadis
parfaitement
adapté à un transport dont la
caractéristique était
la durée, qu’il avait
précisément pour objet de pallier
; la mobilité du papier suppléait à la
lenteur du
voyage maritime. Désormais, cette situation s’est
inversée
: l’évolution des techniques de communication fait
que le délai
du transport est de plus en plus bref alors que
l’acheminement par voie
postale a tendance à stagner, ; de sorte qu’il est
devenu fréquent
de voir une marchandise parvenue à destination, alors que le
réceptionnaire
est encore dans l’attente du connaissement qui lui permettra
de se porter
réclamateur. Cela s’explique notamment par
l’accroissement de la
vitesse des navires, mais aussi par des raisons
d’économies, ces
derniers restant moins à quai qu’autrefois. La
révolution
apportée par les conteneurs et l’utilisation de
navires rouliers
ont entraîné la fin des ruptures de charge et
permis l’essor
des transports multimodaux. De plus, on constate un alourdissement des
manipulations de documents, une plus grande complexité des
circuits
commerciaux et financiers et, parallèlement, sont apparues
de nouvelles
lois sociales aboutissant à une diminution des heures de
travail
des employés, tant dans les compagnies maritimes que dans
les banques.
Par ailleurs, sa fonction de titre représentatif de la
marchandise
fait du connaissement un instrument dont la mise en place exige un
grand
formalisme à divers égards. S’il est,
des situations dans
lesquelles on estime que cette fonction est sinon indispensable, du
moins
essentielle, elle ne l’est pas pour autant
nécessairement
pour tous les types de transports. Dans ces derniers cas, il est
parfois
bienveillant de remplacer le connaissement par des documents non
négociables
qui sont plus simples d’utilisation et qui font gagner un
temps précieux
aux acteurs du transport .
C’est ainsi que, depuis quelques années,
on assiste à
un réel développement d’un transport
maritime en l’absence
d’émission de tout connaissement. Dû aux
nombreuses lacunes
dont a fait preuve le titre négociable, ce
phénomène,
après avoir émergé lentement dans la
pratique, a par
la suite connu une consécration juridique (bien que
relative) aussi
bien au niveau interne qu’international. C’est
à cette émergence
du phénomène des transports maritimes sans
connaissement
et à ses causes que nous consacrerons notre
première partie.
A celui-ci ont succédé un certain nombre
de documents
plus souples qui le remplacent soit de manière partielle,
soit totalement,
mais sans jamais remplir toutes ses fonctions
développées
plus haut. Aucun ou presque ne peut en effet représenter la
marchandise.
Le plus connu et le plus performant de ces documents reste la lettre de
transport maritime (ou « sea waybill »).
Par ailleurs, une autre révolution plus récente
résulte
du développement impressionnant de la
télématique
au sein du commerce international : c’est le
phénomène de
l’« édisation ». En vue
d’aboutir à une disparition
définitive de la « paperasserie » dans
les transports
maritimes et plus généralement dans tous les
secteurs commerciaux,
l’échange de données
informatisées (E.D.I.) a pour
but de « dématérialiser »
à moyen terme
tous les documents maritimes. Ainsi, de nouveaux titres
informatisés
sont apparus depuis quelques décennies tels que le
« Data
Freight Receipt » et depuis peu le connaissement dit
électronique.
C’est à l’étude de ces
solutions (documentaires « papiers
» ou électroniques) - donc au corps du
phénomène
du transport sans connaissement - que sera consacrée notre
seconde
partie au terme de laquelle nous constaterons que
l’avenir nous conduit
très vraisemblablement à une disparition
progressive du système
de support « papier » (documentary system) au
profit du système
de support électronique (paperless system), mais de
manière
probablement plus longue qu’espéré, les
traditions et la
routine restant souvent de mise chez les professionnels.
